Les chroniques d'une infirmière

La vie d'une infirmière est remplie de rencontres, de moments difficiles vécus avec ses patients, mais aussi d'éclats de rire.

Mes débuts

Cela se passait à la fin des années soixante. Après un premier stage dans le service de médecine « femmes », je me retrouvai pour la seconde période dans un service de chirurgie « hommes ». Je venais d’avoir 18 ans, et je commençais mes études d’infirmières.
Nous avions appris pendant la période probatoire de 3 mois à l’époque, à faire les gestes les plus simples comme toilette, injection intra musculaire ou sous cutanée etc..Facile la théorie, oui mais lâchée dans un service surpeuplé, avec des infirmières surchargées, ce n’était plus évident du tout !
Ce matin là, je me présente dans le service, l’infirmière chargée de m’encadrer est surbookée, elle doit préparer le tour avec le patron, :
"Tu fais les toilettes", me dit-elle en me donnant la liste des patients.

Nous avions appris sur des mannequins. Je prépare le matériel : cuvette, savon, rasoir, linge de toilette et me dirige vers mon premier opéré, c’est un monsieur d’environ 70 ans, il a l’air triste, je lui explique que je viens pour sa toilette, il est embarrassé, moi aussi, car ce sera la première fois que je verrai un homme nu en vrai, j’ai l’angoisse mais je m’exécute comme dans le cours : mettre le paravent, car nous étions dans une salle commune, et il était normal de ménager la pudeur des malades. A l’époque il y avait dans les salles communes jusqu’à 6 personnes !


Il me fallait mettre une serviette sous la tête savonner, rincer, essuyer, procéder au rasage avec un vrai coupe chou et de la mousse à raser, il, fallait faire très attention, tout se passe bien. Néanmoins, je suis fébrile il faut maintenant laver les bras, toujours comme je viens d’apprendre, je pose la serviette sous le bras droit, je savonne rince essuie, la couverture du monsieur est remonté bien haut, je pense que c’est imminent va falloir s’occuper des parties intimes et j’avoue que je stresse. J’essaye en vain d’engager une conversation avec le patient, peine perdue, il a l’air aussi stressé que moi et répond à peine, l’ambiance est lourde, je change de côté et lui demande de bien vouloir me présenter son bras droit et en même temps, je soulève la couverture grise et là horreur ! Si j’avais pu me mettre dans un trou de souris, je vous jure que je l’aurais fait ! Le pauvre était amputé des 3 /4 de son bras…..Dur de sentir le rouge monter, les larmes couler, et le monsieur en souriant me dire :
"Ce n’est rien Mademoiselle !"

Eucalyptus

Petit Pépé avait une bronchite carabinée. qui n'arrangeait évidemment pas son vilain emphysème. Le médecin,passé dans la matinée, avait prescrit d'urgence un traitement par injection d'antibiotiques, du sirop et des suppositoires.
Je commençais le soir même. Pépé, veuf depuis plusieurs années, avait comme seule compagnie un petit chien adorable mais assez turbulent. J’avais remarqué les charentaises de Pépé, toutes croquées. Après trois jours de traitement, il me dit un matin : " Je dors trsè très mal et je tousse énormément". En préparant ma seringue , je sentis une forte odeur de camphre.
-Vous prenez bien vos médicaments
-Oui, bien sur
Comme chaque jour, le chien tournait autour de moi, quémandant une caresse. Je me suis penché pour le flatter et j'aperçus la boite de suppositoires dechiquetée sous la table. Et l'haleine de Médor était fortement camphrée; "Oh non pas ça!"
Alors Pépé dit : "Ben voila , je cherchais la boite depuis hier soir."

Rassurez-vous : le chien n'a eu aucun souci...

Arachnophobie

La vie d'une infirmière libérale n'est pas toujours facile !
Ce jour-là , je fus appelée dans une famille de mon village, pour une série d'antibiotiques, la dame souffrait d'une grosse bronchite.
Elle me reçut dans sa cuisine, s'excusant du désordre : des vêtements  jonchaient les chaises, une quantité de vaisselle sale était sur l'évier, et des valises encombraient l'entrée.
Je fis un peu de place sur la table pour y installer mon matériel, ma nouvelle patiente m'expliqua en détail, et ce fut long, que son fils était revenu du service militaire l'avant-veille, et normal, la famille avait fêté son retour.
"Il était en Guyane, me dit-elle, depuis un an."
Tout en préparant l'injection, je discutais avec la dame, qui alla jusqu'à me montrer des photos de son fils en militaire, nous parlions du climat de ce pays lointain, quand elle me dit
" Devinez ce qu'il nous a ramené ?"

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Au diable les verrous

Tout d’abord, remettons cette histoire dans son contexte : il y a trente ans. Les mœurs ayant bien changés aujourd’hui, je serais sans doute moins choquée si cela devait se reproduire.

Tout juste installée comme infirmière libérale, je galérais pour me faire une clientèle. Une autre infirmière se déchargeait sur moi, ralentissant ainsi son activité débordante tout en me permettant de commencer tranquillement ma nouvelle vie. C’était bien différent de mes expériences en cliniques ou à l’hôpital. Je commençais avec cinq clients puis dix. J’avais donc du temps à consacrer à mes malades. Financièrement, c’était une autre affaire.

Une dame m’appela un jour pour une série d’anxiolytique en intramusculaire prescrite par son médecin traitant. Elle habitait le village voisin. Je trouvais fort sympathique, bien que déprimée, cette quinquagénaire.

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Emoi mousseux juvénile

On m’ avait appelée pour une série de piqûres, traitement de désensibilisation, donc une injection par semaine, le patient, un tout jeune homme de 16 ans :Christophe, était comme souvent les adolescents, d’une timidité extrême, arrivé à l’ âge où on est très mal dans sa peau, une voix qui vous lâche, qui mue, des boutons d’acné qui vous défigurent, une transpiration excessive, et sans doute l’ impression que la terre entière ne peut vous comprendre !

Moi, j’avais le double de son âge !

Je me rendais dans sa famille chaque samedi, c’était un traitement de longue durée. A chaque fois, le même scénario, sa maman l’appelait, il était dans sa chambre, et en attendant sa venue, je discutais avec ses parents, des gens charmants.

Christophe, descendait enfin, jean, baskets et pull informe, dont les manches cachaient les mains, je pense qu’il me disait bonjour, mais toujours d’une voix très basse. Pendant que je préparais l’injection, il retirait son tricot en rougissant fortement, recevait sans un mot, sans un tressaillement son médicament, puis disparaissait dans son territoire.

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La Sorcière et la Poule

Je fus appelée, un soir, chez des nouveaux patients : un couple de personnes âgées qui habitaient une très vieille ferme dans un village voisin.
Lorsque j’arrivai, je fus surprise. La vieille maison, pourtant située dans un joli cadre, avait l’air en très mauvais état. Une petite rivière serpentait entre les fleurs des champs, les orties et les ronces. Je frappai à la porte. Une dame, courbée par l’arthrose, tout de noir vêtue, un tablier à carreaux sale autour des hanches m’ouvrit, l’air peu engageant :

_Vous êtes qui vous ?
_L’infirmière, Madame, le médecin m’a demandé de passer voir votre mari !
_Ah ! C’est vous, ben ce n’est pas trop tôt, il est là Alfred, entrez!

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Noms d'oiseaux

"Monsieur" et "Madame" ont tous deux un métier public :"Il" travaille dans une banque de renom (tiens justement ces temps-ci !!.. mais chut !)"Il" est très aimé de la clientèle, et a une véritable mémoire d'éléphant! il connaît par coeur le numéro de compte de la majorité des clients !! ils en sont ravis, vous pensez !!
"Elle" est infirmière libérale, une vie trépidante, tiraillée entre métier, famille, enfants, mais contrairement à "Monsieur" sa mémoire n'est pas infaillible ! ce qui a le don d'énerver "Monsieur".
"Monsieur " et "Madame "ont quelques clients respectifs, notamment monsieur Laigle, un charmant quinquagénaire, directeur de l'auto-école du coin.
"Monsieur" et "Madame" le croisent régulièrement au supermarché et en ville, "Monsieur" est excédé, car "Madame" ne se souvient jamais du nom de ce brave homme

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Ouvrez la bouche

J’ai travaillé pendant trois ans dans une clinique d'oto-rhino-laryngologie. Ce n’est pas là que j’ai puisé mes meilleurs souvenirs !

La spécialité « nez gorge oreilles » n’est pas particulièrement intéressante. En plus, cette clinique était peu accueillante. J’étais jeune diplômée et le personnel frôlait, pour la plupart, la quarantaine. Le patron, un homme d’une cinquantaine d’années, était un « personnage ». Autoritaire, caractériel, noceur mais, heureusement rassurez vous, il était très professionnel.

Il m’intimidait beaucoup et j’espérais de tout cœur un poste dans un service où j’étais sure de ne pas trop le côtoyer. Seulement, je ne suis pas née, comme on dit, sous une bonne étoile et mon premier emploi fût un remplacement au bloc opératoire. J’ai donc vu défiler, avec effroi, des centaines de bambins, à qui on enlevait amygdales et végétations, sources d’infections (angines, otites etc…) A répétition, c’était des pleurs, des cris à longueur de journées ! Les moments de calme arrivaient lorsque nous donnions des glaces à l’eau à sucer aux petits malheureux pour endormir leurs douleurs.

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Pauvre Martine

La toute première fois que j'ai rencontré Martine, elle devait avoir quinze ou seize ans. Elle souffrait de sinusite et j'étais chargée de lui faire une série d'injections intramusculaires. Cela se reproduisit durant 3 trois ou quatre hivers.
Elle me rendit visite à mon cabinet d'infirmière quelques années plus tard. Elle s'était mariée, et elle venait me présenter sa première petite fille, un très joli bébé. Il m'arrivait de la croiser en ville, puis nous nous sommes perdues de vue pendant quelques temps.
C’est par un jour d'hiver frileux et gris qu'elle reprit contact, elle me demanda de passer chez elle sans faute en fin d'après midi pour soigner sa dernière fillette âgée de six mois. Le bébé souffrait de bronchite asthmatiforme, et le médecin avait prescrit une série d’injection d’antibiotiques, matin et soir pendant 6 jours.
Je me rendis donc à son domicile dans la soirée, où je pus faire la connaissance de ses trois adorables petites filles. Eh oui, le temps avait passé: l'aînée était âgée de 9 ans, la seconde six ans et le bébé de 6 mois.
Son mari était absent, sans doute au travail. Martine avait un joli petit intérieur, coquet et confortable. Les enfants resplendissaient de santé, mis à part le bébé très encombré qui toussait beaucoup. Nous parlâmes un long moment, et j'étais ravie de la voir si heureuse. Le lendemain matin, je revins tôt dans la matinée pour la seconde piqûre. Comme à mon habitude, je frappai et sans attendre, je pénétrai dans l habitation. La porte d'entrée s'ouvrait sur un long corridor qui menait au living.

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Date de dernière mise à jour : 04/02/2016