Emoi mousseux juvénile

Vous savez déjà que j’étais infirmière libérale, je vais vous raconter une anecdote qui m’a bien fait rire à l’époque ! Et encore maintenant quand j’y pense.
On m’avait appelée pour une série de piqûres, traitement de désensibilisation, donc une injection par semaine, le patient, un tout jeunehomme de 16 ans : Christophe, était comme souvent les adolescents, d’une timidité extrême, arrivé à l’ âge où on est très mal dans sa peau, une voix qui vous lâche, qui mue, des boutons d’acné qui vous défigurent, une transpiration excessive, et sans doute l’impression que la terre entière ne peut vous comprendre !
Moi, j’avais le double de son âge !
Je me rendais dans sa famille chaque samedi, c’était un traitement de longue durée. A chaque fois, le même scénario, sa maman l’appelait, il était dans sa chambre et en attendant sa venue, je discutais avec ses parents, des gens charmants.
Christophe descendait enfin, jean, baskets et pull informe dont les manches cachaient les mains, je pense qu’il me disait bonjour, mais toujours d’une voix très basse. Pendant que je préparais l’injection, il retirait son tricot en rougissant fortement, recevait sans un mot, sans un tressaillement, son médicament, puis disparaissait dans son territoire.
Un samedi, le scénario changea, je n’arrivai pas à l’heure habituelle, l’entrée de la maison se trouvait au premier étage, il me fallait monter une dizaine de marches.
Je sonnai à la porte et attendis plusieurs minutes avant que Christophe vint m’ouvrir.
Je devinai, plus que je ne compris (car il parlait « dans sa barbe » qu’il n’avait pas encore !) que ses parents étaient partis faire les courses.
Il me semblait encore plus nerveux que d’ordinaire, mal à l’aise, rougissant, alors qu’il retirait son vêtement.
CIEL !! Avait-il déjà des fantasmes ? L’infirmière nue sous sa blouse ?? Mais chut !! De toutes façons je ne veux en aucun cas le savoir !!
Il était fébrile, transpirant à grosses gouttes, sitôt sa piqûre terminée, il vint me raccompagner à la porte, il s’apprêtait à la refermer, moi à descendre l’escalier, quand un sifflement bizarre et incongru vint troubler le silence d’une fin d’après-midi automnale.
« Qu’est-ce que c’est ? » lui demandai-je, surprise, et au même moment, j’aperçus ma roue arrière de ma jolie 4l (ma voiture en ce temps-là) en train de se dégonfler lamentablement !
Catastrophe, j’avais encore plein de travail, une crevaison ! Ma hantise !
Zut de zut, Christophe, je le voyais bien, n’avait qu’une envie, c’était de rentrer dans sa tanière, écouter sa musique ou que sais-je !
Mais je lui dis :
« Peux-tu m’aider stp ? »
Il était coincé le pauvre ! J’ouvris la porte de mon coffre afin de prendre ma roue de secours, quand il  me vint une idée de génie !
Ah mais oui ! Mais c’est bien sûr !
« J’ai acheté récemment une bombe anti-crevaison, ce système, paraît-il, permet de rouler encore une centaine de kilomètres ! »
Christophe prit la bombe que je lui tendais et tenta de l’adapter sur la valve de ma roue crevée, nous étions tous deux agenouillés sur le trottoir, dans un crépuscule frileux d’octobre, un léger vent froid faisait voltiger des feuilles jaunes, vertes et rousses, les réverbères s’allumaient..
Christophe jugeant l’embout bien placé et impatient sans doute de rentrer dans son cocon, appuya énergiquement sur le petit poussoir !
Mais re catastrophe ! A ce moment, la mousse qui se devait être bienfaitrice, devint folle avec un bruit effrayant, elle s’échappa, se répandit partout sauf dans la chambre à air, le trottoir était blanc comme si la neige était tombée prématurément, le vent emportait les petits flocons de mousse !
Christophe, saisi d’effroi, essaya de se relever, rougissant de confusion et peut-être de froid, mais ce fut pour glisser dangereusement dans la mousse sournoise répandue sur le sol, il tomba et se retrouva les quatre pattes en l’air !
Je lui tendis aussitôt une main compatissante et gênée, et je luttais de toutes mes forces contre l’envie irrésistible de pouffer de rire, car lui était sérieux et figé !
C’est à ce moment précis que des phares de voiture vinrent nous aveugler : les parents étaient de retour, c’est avec stupéfaction qu’ils virent leur fils, des flocons de mousse sur ses cheveux d’ébène, couché sur le dos, l’infirmière qui lui tenait la main……..

Date de dernière mise à jour : 25/11/2011

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